03/02/2007

Le krach de la banque Mabille.

Houdeng-Aimeries - Jeudi 10 octobre 1929.

  

MABILLE EST CONDAMNE A 4 ANS DE PRISON.

 

Audience du 8 octobre: l'interrogatoire des témoins.

 

La Cour fait son entrée à 9 heures et demie.

Les magistrats prennent place à leur siège.

Mabille est introduit dans le prétoire et va rejoindre sa place au banc des accusés.

L'enceinte réservée au public est complètement occupée.

L'audience est ouverte.

On fait appel des témoins et on continue ensuite leur interrogatoire.

 

Le Président demande à Me Bergeret s'il veut bien entendre M.Sace, expert-comptable, pour qu'il dise les résultats de son examen de la comptabilité de M. Mabille.

 

M. SACE déclare que  la majorité des comptes de bourses, comptes-courants, etc. n'étaient pas tenus.

 

MABILLE déclare que 85 pour cent des  bordereaux étaient comptabilisés, mais il admet que sa comptabilité était tenue imparfaitement.

 

Me BERGERET demande au Président de reprendre le cas Ponsaert qui a été examiné hier, mais imparfaitement.

 

M. LE PRESIDENT - Nous examinerons, si vous le voulez bien, cette affaire, après l'interrogatoire des témoins, car il y en a encore près de cinquante à entendre.

 

E... D..., houilleur, à Bracquegnies - La défense est d'accord pour admettre  la prévention de détournement à charge de Mabille.

 

E... D..., ancien mineur, à Strépy - La prévention de détournement à charge de Mabille est également reconnue.

 

D... C..., de Haine-Saint-Paul - Sur intervention de la défense, M. le Président interroge le témoin.

 

LE PRESIDENT.- Mabille vous donnait-il des conseils?

 

LE TEMOIN.- Oui, je lui portais des titres à vendre pour en acheter d'autres et je n'ai rien reçu.

 

M. LE PRESIDENT.- Receviez-vous des bordereaux?

 

LE TEMOINS.- Jamais.

 

LE PRESIDENT.-Avez-vous reçu 18 Buenos Aires?

 

LE TEMOINS.- Oui, il me doit encore 100 Hévéa et 10 Shennah.

 

Me LETELLIER.- Il y a lieu de déduire des 17.000 francs, les dix titres Buenos Aires.

 

Viennent ensuite F... A... et D..., de Bracquegnies. La prévention de détournement contre Mabille est admise en faveur de ces deux plaignants.

 

Me LETELLIER prend la parole pour exposer que dans le cas relatif au témoin G...les titres se trouvaient dans une banque de Bruxelles au nom de la Banque Mabille-Valentin.

 

M. LE PRESIDENT demande des explications à Mabille.

 

MABILLE.- J'avais les cinq titres de G... pour souscrire cinq titres nouveaux.

 

M. LE PRESIDENT.- Il résulte que ces titres ne sont pas identifiés et qu'ils n'appartiennent à personne. Il s'agit d'une somme de 780 francs. D'ailleurs, devant un passif de trois raillions, la chose n'a guère d'importance.

 

Mme L... H..., épouse H... L...- La défense n'est pas d'accord sur le montant du compte qui s'élève' à 85.000 francs, soit 73.000 de Bons du Trésor et 12.000 d'autres titres.

 

MABILLE conteste le montant du détournement.

 

M. LE PRESIDENT.- Quelle est la différence?

 

LE TEMOINS.- J'ai d'abord donné 73.000 francs de Bons du Trésor. C'est un fait.

 

M. SACE.- D'après les écritures de Mabille, c'est certainement moins; mais, comme il y a des omissions dans sa comptabilité...

 

M. LE PRESIDENT.- Il n'y a aucun papier qui le dit?

 

LE TEMOIN.- Je les ai remis à mon avocat.

 

M. LE PRESIDENT.- Mabille, comment pouvez-vous, dans ce fatras épouvantable, dire qu'il y a une différence de 23.000 francs.

 

MABILLE.- J'ai fait le travail personnellement.

 

LE TEMOIN, tout en larmes.- Mabille, vous nous avez ruinés, vous avez obligé mon mari à aller au charbonnage. Vous nous avez acculé à la misère.

 

P... J..., d'Houdeng.

M. LE PRESIDENT.- Quel est, votre âge?

 

LE TEMOIN.- ?

 

M. LE PRESIDENT.- 55 ans?

 

LE TEMOIN.- 65 ans.

 

M. LE PRESIDENT.- Il me semblait bien que vous vouliez vous rajeunir!

 

Le témoin, d'origine flamande, et qui plus, est atteint de surdité,  éprouve  beaucoup  de  difficultés pour  se faire comprendre. La prévention de détournement est admise.

 

V... L..., bourgmestre de Strépy-Bracquegnies.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous n'exercez pas d'autre profession?

 

LE TEMOIN.- Non.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous êtes rentier?

 

LE TEMOIN.- Oui.

 

Il y a prévention de détournement pour ce qui concerne ce plaignant, de même que pour l'épouse R... D. . . et pour A...M..., houilleur à Maurage, tous dupes de Mabille. Et pour toute une série de plaignants qui défilent devant le tribunal, la prévention de détournement est admise. Il s'agit de dépôt d'argent que Mabille n'a jamais remboursé. M. P... L..., ancien régisseur au Roeulx, est ensuite entendu. L'audition de ce témoin suscite de vifs échanges de vues entre le plaignant, Mabille et les avocats de la défense.

 

Voici les faits reprochés à Mabille dans cette affaire. Une première série de faits sont reconnus par l'accusé. Il s'agit d'une somme importante,  soit 115.000 francs, solde d'opérations diverses non traitées en Bourse par Mabille. Celui-ci reconnaît le préjudice.

 

M. P. . . a remis en outre 61.369 francs 15 de titres en 1928, que Mabille a vendu et encaissé sans remettre les fonds. Pour le dernier préjudice de 61.369 francs 15, Mabille prétend qu'il a cédé une option en "Colyaf" à M. P... et qu'il n'est plus rien dû.

 

M. P... conteste la chose et prétend, au contraire, avoir été amené  à verser de  nouveaux  fonds  importants  pour  cette "Colyaf", alors qu'il croyait qu'elle lui était fournie contre un premier versement effectué.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous avez fait des opérations chez Mabille.

 

LE TEMOIN.- Je lui remettais les titres.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous conseillait-il?

 

LE TEMOIN.- Oui. Je lui ai remis en titres et argent pour une somme de 115.000 francs. Mon préjudice est beaucoup plus considérable. Il est venu me relancer au pays de Liège, où je m'étais retiré pour y jouir d'un repos bien mérité. Je lui ai versé à nouveau 120,000 francs.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous aviez la foi robuste en lui ! Que vous a-t-il dit quand vous avez versé cette seconde somme?

 

LE TEMOIN.- Il a argué que ce titre était excellent et qu'il était côté à Paris. Au seuil de la vieillesse, j'ai dû me remettre au travail.

 

MABILLE.- Sur la première opération, je suis d'accord, mais sur la seconde, je ne le suis pas.

 

Mabille fournit des explications qui sont contestées vivement par le témoin. Mabille se défend opiniâtrement; un échange de vue s'ensuit entre  Mabille,  ses  défenseurs  et  le  témoin.  M.' Sace, expert-comptable, intervient pour donner son appréciation.

 

M... M..., à La Louvière, est appelé. Pour ce qui le concerne, Mabille reconnaît la prévention de détournement dont il s'est rendu coupable.

 

M. B. . . , de La Louvière,  est ensuite interrogé par M.  le Président du tribunal.

 

M. LE PRESIDENT.- Vous avez fait une série d'opérations avec Mabille et cela s'est  terminé par un déficit  de 350.000 francs. Vous receviez des bordereaux?

 

LE TEMOIN.- Oui.

 

Sur intervention de la défense, le témoin déclare qu'il n'a

jamais acheté à terme. Le tribunal renonce à nouveau au témoignage d'une nouvelle série de témoins,  étant d'accord avec  la défense sur la prévention de détournement.

 

M.  S...  T...  ,  de Maurage,  menuisier,  ancien  commis  de Mabille, est interrogé. A la demande de la défense, le témoin est amené à fournir des renseignements sur la gestion de Mabille.

 

M. LE PRESIDENT.- Les bureaux étaient-ils bien tenus?

 

LE TEMOIN.- J'ai quitté le service Mabille en 1924.

 

M. LE PRESIDENT.- Où étiez-vous employé, à quelle succursale?

 

LE TEMOIN.- A Houdeng.

 

Mais à ce moment, le tribunal renonce à l'interrogatoire du témoin.

 

M. C..., de Maurage: Mabille lui doit 12.600 francs.

 

MABILLE s'adressant au témoin.- Etes-vous d'accord pour dire que vous avez gagné antérieurement chez moi 14.000 francs.

 

LE TEMOIN.- Cela n'a rien à voir.

 

La prévention de détournement est admise.

 

M.  F. . .  H...,  agent d'assurances à Houdeng-Goegnies.-  Au moment de prononcer le serment d'usage, le témoin suscite un incident en déclarant qu'il n'est pas croyant et vouloir éviter de prononcer la formule religieuse.

 

M. LE PRESIDENT l'invite à le faire suivant les prescriptions légales, et le témoin s'exécute.

 

A la demande de M. le Président, l'audience est suspendue pour quelques instants. A la reprise de l'audience, le défilé des témoins continue.

 

M. C... D..., rentier à Haine-Saint-Paul.

 

M. LE PRESIDENT.- D'après le prévenu,  il vous aurait remis 15.000 francs.

 

LE TEMOIN.- C'est inexact, et j'ai encore remis 35.000 francs quelque temps après son arrestation.

 

L'EXPERT.- D'après les écritures, Mabille aurait remis en prêt 15.000 francs.

 

LE TEMOIN.- Je n'ai jamais reçu ces 15.000 francs. Sur intervention de la défense,  le cas de ce témoin sera examiné à nouveau par la suite.

 

Le tribunal examine ensuite les cas des plaignants P. . . et D. . . Il est midi moins dix, et M. le Président Guillery lève la séance.

 

Audience du 9 octobre.

 

La troisième chambre du Tribunal correctionnel a rendu, ce mercredi, son jugement dans l'affaire de banqueroute frauduleuse, faux, usage de faux, escroqueries et détournements, mise à charge du banquier Léon Mabille, de Houdeng-Aimeries .

 

M. le substitut Dupont, qui occupait le siège du Ministère public, a demandé une condamnation sévère contre le prévenu, dont les avocats, Maîtres Bergeret et Letellier ont présenté la défense dans d'excellents termes, s'efforçant de démontrer que Mabille n'était pas malhonnête homme, mais qu'il a été victime de circonstances malheureuses.

 

Le tribunal a condamné Mabille à quatre ans de prison, 700 francs d'amende, à l'affichage pendant trois mois dans l'auditoire du Tribunal de Commerce, et aux frais d'une publication dans la "Gazette du Centre" et dans "Les Nouvelles".

20:27 Écrit par La Petite Louve dans Finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banque |  Facebook |

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