04/02/2007

Violent incendie.

Houdeng-Aimeries - Samedi 23 février 1901.

 

PLUS DE 50.000 FRANCS DE DEGATS.

 

La série continue ...

 

Après le château de Beloeil, l'orphelinat de Manage, l'Institut de La Louvière voici maintenant notre commune qui attire l'attention sur elle par un incendie très important par les dégâts considérables qu'il a provoqué.

 

Hier jeudi soir, de tous les points culminants du Centre, on apercevait, dans la direction de Houdeng, une épaisse fumée zigzagant dans le ciel, laissant de temps à autre voir une lueur rougeâtre éclairant sinistrement les nuages. Et tout un monde de curieux se dirigeait vers le lieu du sinistre où les attendait un spectacle grandiose et saisissant autant que triste et émouvant.

 

C'est la maison de M. Auguste Dehon, qui tient une importante manufacture d'articles en cuir, au hameau de la Jobrette qui brûlait.

 

Manufacture Auguste Dehon~1

En-tête de lettre de la manufacture d'articles en cuir Auguste Dehon.

Les ateliers et l'habitation ne forment qu'un seul immeuble de plus de 22 mètres de longueur, précédé d'une spacieuse avant-cour entourée d'une haie, à front de la rue de l'Hospice, le pignon gauche donnant sur la rue de la Jobrette, l'autre sur la rue Sainte-Barbe. A 7H.1/2 du soir, tout flambait et on dut se borner à préserver autant que faire se pourrait l'aile gauche et les annexes se trouvant du même côté, ainsi que les maisons voisines, dont aucune, heureusement, ne tenait à l'immeuble sinistré.

 

Voici exactement comment les choses se sont passées: il était un peu plus de 6 heures du soir, les ouvriers venaient de terminer leur journée et étaient partis; restaient seuls à l'étage de l'atelier, le fils de M. Dehon, Ernest, un ouvrier-coupeur habitant Charleroi, Verbeckt, et une jeune ouvrière. Tout-à-coup, celle-ci fit remarquer qu'une odeur de pétrole existait, pendant que la fumée emplissait la cage de l'escalier. M. Ernest Dehon descendit immédiatement et étouffa de suite ce qui produisait cette fumée, au moyen de toiles d'emballage: c'était une petite lampe à pétrole, en étain disent les uns, un fer-blanc racontent d'autres, qui avait provoqué ce commencement d'incendie.

 

La lampe s'était-elle renversée? Avait-elle fait explosion? Ou bien encore s'était-elle dessoudée? On ne sait.

 

Le gaz est établi partout dans le bâtiment, excepté dans cette place, où des rayons garnissant les murs, empêchent de placer un tuyau conducteur, c'est ce qui explique la présence d'une lampe à pétrole.

 

On croyait tout danger disparu, le Carolorégien était retourné ainsi que la jeune ouvrière, et M. Dehon avait, lui aussi quitté l'atelier depuis quelque temps à peine, quand on vint frapper aux vitres de la cuisine, où il se trouvait pour le prévenir que l'atelier, situé à l'aile droite, était en flammes. Mais quand il y arriva, en même temps que M.Vanderdonckt, agent de police, qui passait précisément à ce moment, il ne lui fut plus possible, malgré un courage héroïque, de pouvoir fermer le compteur à gaz, qui se trouve au rez-de-chaussée de l'atelier, contre le pignon de la rue Sainte-Barbe.

 

On juge de l'émoi.

 

N'écoutant que leur courage, ces deux dévoués citoyens se mirent en devoir de mettre à sauf les livres de comptabilité, pendant que l'on prévenait le Gazomètre de l'événement et que des gens accouraient, une, grande partie en curieux, une plus petite fraction pour travailler et quelques individus qui ont profité de la circonstance pour faire le pick-pocket de nombreuses choses, consistant entre autres en portefeuilles, guêtres, muselières, etc., etc., ayant été volés.

 

Les sauveteurs néanmoins travaillaient d'arrache-pied à l'extinction du feu, qui gagnait de plus en plus, pendant que d'autres transportaient les meubles et autres objets, piano, coffre-fort, habillements, etc., sur le jardin qui se trouve derrière. D'autres encore jetaient tout bonnement les meubles par les fenêtres de l'étage, lesquels venaient s'abattre par terre, brisés en mille morceaux. Autant, pensons-nous, aurait-il mieux valu les laisser dans le foyer. Grâce au dévouement de M. Victor Gaudier, on put sauver quelques centaines de boîtes de graisse qui se trouvaient dans une cave, et on doit s'en féliciter, car cette matière aurait donné un regain de violence à l'incendie. On préserva également environ 7.000 muselières.

 

Entretemps des ouvriers du Gazomètre arrivaient sur les lieux et bouchaient le tuyau au pignon de la maison, empêchant ainsi un nouvel accident de se produire. Les tuyaux conduisant dans les appartements, en fondant, laissaient échapper du gaz qui alimentait, lui aussi, le feu.

 

A 7h.l/4, la pompe des Charbonnages de Bois-du-Luc arrivait et, de la rue de la Jobrette, projetait l'eau sur le foyer, pour préserver l'aile gauche et les annexes, mais vers dix heures, tout le monde dut se retirer: l'eau manquait!

 

On laissa donc le tout brûler et de temps à autre, des bruits sourds se produisaient: c'étaient les solives, les grosses poutrelles de chêne, qui tombaient, faisant s'écrouler les plafonds. La grosse corniche de la façade, peu à peu tombait et à trois heures du matin, le restant s'abattait avec fracas sur le sol.

 

Ce matin, l'incendie n'était pas encore tout à fait circonscrit.

 

Toute la nuit, des personnes ont surveillé les habitations voisines, perchées sur la toiture d'une maison.

 

Il ne reste plus maintenant que des murs fumants, à part la cuisine et quelques annexes qui sont restées intactes.

 

10:30 Écrit par La Petite Louve dans Faits divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendies, manufactures |  Facebook |

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