24/02/2007

La fin d'une légende.

Houdeng-Aimeries - Vendredi 21 janvier 1910.

 

LE CANAL NE PERDRA PLUS SES EAUX.

 

Pour faire comprendre à nos lecteurs comment l'effondrement du sol survenu pendant la nuit du 8 au 9 janvier courant a pu se produire et n'a heureusement causé aucun accident de personnes, nous allons esquisser à grands traits, grâce aux renseignements recueillis au cours d'une visite des lieux, les travaux en cours d'exécution entrepris dans le but d'assurer l'étanchéité de la cuvette comprise entre le pont-levis de Bracquegnies et le pont provisoire de Strépy dit "pont de bois" sous laquelle se drainent les anciens conduits des charbonnages de Bois-du-Luc et de Strépy-Bracquegnies.

 

Ces conduits, dont' la construction remonte à plus d'un siècle, ont été établis dans le but d'écouler vers le ruisseau "Le Thiriau", les eaux de la nappe aquifère des morts-terrains, afin d'empêcher ces eaux d'envahir les travaux d'exploitation souterraine du charbon et de ne pas devoir les relever au moyen de machines d'exhaure très primitives à cette époque, où l'exploitation charbonnière était dans l'enfance de l'art.

 

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Le Canal du Centre: vue du sommet de l'ascenseur n°2 vers l'ascenseur n°3.

Que de progrès accomplis depuis lors. Ceux qui se rappellent la machine dite "mécanique" du charbonnage de Bracquegnies, dont on voyait encore les derniers vestiges il y a 25 ans, aux abords du point d'arrêt du tram de la route de Thieu, peuvent s'en faire une idée.

 

Les conduites des charbonnages, de construction fort simple, à section carrée ou rectangulaire d'environ 30 sur 30, ne comportent que des planches ou madriers d'environ 0,04 d'épaisseur formant le fond et les deux parois latérales. Le dessus ou la couverture est formée de bouts de chevrons juxtaposés.

 

La pose de ces conduits, dont les eaux se déversent dans le Thiriau sur le territoire de la commune de Thieu, a dû être fait de l'aval vers l'amont en creusant d'abord une tranchée à ciel ouvert dans les parties peu profondes et en travaillant en galerie (barreau) pour les parties situées de 5,00 à 20,00 mètres de profondeur et plus sous le niveau du sol.

 

On pourrait se demander comment on a pu établir un conduit à section aussi réduite sans faire de tranchée?

 

On a dû évidemment creuser d'abord un bouveau d'environ lm.20 X Ira.70 permettant le travail des ouvriers. Le service de ce bouveau était assuré par des puits échelonnés de distance en distance et servant au personnel, à l'approvisionnement des matériaux et à la remonte des déblais provenant de la première section située entre les deux premiers puits d'aval.

 

Lorsque le conduit en bois était placé dans la première section, on remblayait le bouveau au-dessus du conduit au moyen de terres provenant du creusement de la section suivante vers l'amont et ainsi de suite jusqu'à l'origine, située aux abords du puits du charbonnage. On voit par ce mode de travail qu'on n'a dû remonter que les déblais de la première section et faire un emprunt de terre pour remblayer le bouveau au-dessus du conduit dans la dernière section, située aux abords des puits en exploitation à cette époque aux charbonnages du Bois-du-Luc et de Strépy-Bracquegnies.

 

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L'ascenseur n°2 vu du bief inférieur.

 

Le remblai au-dessus du conduit a dû être exécuté par économie et pour éviter les effondrements à la surface du sol, car on ne retrouve aucun blindage primitif dans les anciens bouveaux.

 

La section de ces conduits couverts de remblai prouve suffisamment qu'on n'a jamais pu les entretenir et que c'est de la pure légende que les racontars des vieux ouvriers de Bracquegnies qui prétendent avoir travaillé dans leur prime jeunesse à l'entretien de ces conduits. C'est là une preuve de plus de ce que peut l'imagination pour fausser l'histoire.

 

Les travaux actuellement en cours d'exécution ont donc pour but de rechercher les conduits sur la trace desquels on ne possédait que des indices très vagues, d'enlever ces conduits en mauvais état sous le canal puisqu'ils ont provoqué un effondrement du sol et de les remplacer par une nouvelle conduite en béton armé formée de tuyaux de 0m.80 de diamètre divisés en tronçon de 0m.80 de longueur posés à emboîtement et entourés de béton sur toute leur section.

 

Les tuyaux en béton destinés au nouveau conduit de Bracquegnies sont prêts à être posés et se trouvent sur la digue de droite aux abords du pont provisoire de Strépy.

 

La difficulté du travail, qui s'exécute au moyen d'une grue Priesman installée sur le plafond du canal aux abords d'un puits de service à section rectangulaire d'environ 20,00 mètres de profondeur creusé pour atteindre la galerie, réside:

1° dans les difficultés de l'épuisement, assuré par plusieurs pompes puissantes ;

2° dans le danger résultant de la nature du terrain qui ne doit pas être homogène ni d'une consistance parfaite, à en juger par les effondrements qui se sont formés depuis plusieurs années aux abords du point où la grue de service est installée.

 

Ce dangers ne peut être évité que par les précautions que l'on prend en blindant soigneusement le bouveau creusé à l'emplacement de la galerie primitive dans lequel le conduit en béton doit être posé.

 

Si malgré le blindage, les terres fluantes situées entre le toit ou à l'extrémité de la galerie déblayée et le sol se mettent à couler, soit au droit des parties à faible consistance ou d'anciens puits remblayés, il se produira nécessairement un vide à la partie supérieure, vide qui peut atteindre plusieurs mètres de hauteur et provoquera 1'effondrement du sol au droit de cette cheminée lorsque le terrain supérieure ne sera plus assez résistant pour former voûte au-dessus de l'excavation souterraine.

 

C'est ce qui s'est produit pendant la nuit du 8 au 9 janvier.

 

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Ascenseur n°2: sortie d'un bateau dans le bief supérieur.

 

On voit par cet exposé succinct que lorsque les conduits centenaires en bois auront été remplacés sous le canal par des conduits en béton armé et que les excavations superficielles résultant des anciens conduits auront été comblés, il ne pourra plus y avoir de déperdition d'eau par ces conduits et le canal pourra être mis en eau en toute sécurité dans la partie située au- dessus des conduits des charbonnages.

 

Il y a loin du système employé aux innombrables solutions préconisées dans les conversations entendues dans les compartiments de chemin de fer et auxquelles prennent part les ingénieurs improvisés lorsqu'ils aperçoivent un bout à sec du canal du Centre.

 

Chacun y allant de son système: cuvelage en tôle, en fonte ou en béton, toute la gamme y passe et on conclut silencieusement à l'unisson qu'on ne pourra jamais tenir l'eau dans ce canal.

 

Attendons encore un an et la réponse viendra péremptoirement, étant donné que l'on pousse avec vigueur les travaux de parachèvement.

 

Le rétablissement du conduit du charbonnage de Bois-du-Luc est terminé et les travaux relatifs à celui de Bracquegnies sont en bonne voie d'exécution, car on commencera prochainement le bétonnage du fond préalablement à la fin du nouveau conduit, qui sera complètement terminé dans quelques mois.

 

Emettons l'espoir que toutes les précautions seront prises au point de vue de la sécurité des ouvriers pour éviter des accidents dans ces travaux qui présentent quelque danger, et qu'ils arriveront à bonne fin sans causer de mal à personne.

19:00 Écrit par La Petite Louve dans Canal du Centre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Admiration Bonjour Monsieur,
Recherchant pour un ami une preuve d'un chemin de fer à 3 files de voies le long de ce qui est maintenant le domaine de La Louve (probablement ligne industrielle en provenance des charbonnages situés sur le plateau en face de l'entrée du domaine), je suis "tombé dans votre site" que j'ai bien du mal de quitter: il est complet, agréable et parle de tout sur Houdeng: je vous tire le chapeau bien bien bas; j'ajoute en plus que je suis né à Houdeng.
Une petite suggestion: vous avez mon adresse email, il me serait très agréable d'être tenu au courant des mises à jour et notamment des nouvelles chroniques de la Petite Louve. En plus de mon admiration, recevez tous mes encouragements au développement de votre site.
Bien à vous
Pierre Hautefin
....qui n'a toujours pas trouvé son chemin de fer mais sort très enrichi de sa visite

Écrit par : Hautefin | 19/07/2007

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