09/09/2007

Inauguration de l'école à la rue de l"Abattoir.

Houdeng-Goegnies - Jeudi 9 octobre 1913.

 

Malgré les ferventes prières adressées au Ciel par certains catholiques, pour qu'il pleuve sans discontinuer le 5 octobre, il a fait bon temps.

 

Le Très-Haut a voulu, lui aussi, donner à l'Administration communale une marque de satisfaction et il a retenu jusqu'à 8 heures du soir les vannes célestes, assurant ainsi un éclatant succès à cette magnifique fête de l'enfance.

 

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Le cortège de l'inauguration de l'école de l'Abattoir en 1913.

 

Pour la nouvelle institution scolaire que l'on inaugurait, la journée du 5 octobre constitue un véritable triomphe.

 

Dès cinq heures du matin, on travaillait sans relâche à la garniture des rues.

 

A midi, la chaussée est complètement pavoisée, ce qui donne à cette large route un aspect de gaieté et de joie inaccoutumé. Rue Deburges, rue Nouvelle, de Saint-Nicolas, de la Salle et du Croquet, les habitants travaillent d'arrache-pied; on plante des mâts, on tend des guirlandes, on orne les façades des maisons; mais la palme revient à la rue de l'Abattoir, où une riche garniture en velours grenat et or avec mâts, écussons, oriflammes et guirlandes de fleurs, produit un aspect impressionnant.

 

Il n'est pas possible d'admirer, sans une larme dans les yeux, l'oeuvre superbe accomplie par les habitants de cette importante artère pour fêter leur école.

 

Toutes les maisons sont en outre pavoisées; plusieurs ont reçu me décoration du meilleur goût et la palme revient, sans contredit, à Mr et Mme Edouard Servranckx et à Melle Laure Cornil.

 

De nouvelles banderoles, placées en largeur de la rue de l'Abattoir, portaient des inscriptions diverses.

 

Notons-en quelques-unes:

Bienvenue aux élèves des écoles communales!

Honneur à notre vénéré Bourgmestre et à notre sympathique secrétaire communal!

Hommage à nos administrateurs communaux!

Vivent les amis de l'instruction populaire!

L'instruction est un capital qui ne se perd jamais!

 

L'école avait reçu une décoration très sobre, mais fort jolie: une estrade spacieuse avait été dressée pour recevoir les 360 enfants  et l'orchestre qui devaient interpréter la cantate.

 

Dès une heure, la visite des locaux commença: jusque 5h.30 du soir, ce fut un va et vient continuel des pères de famille et 'étrangers.

 

Tous les visiteurs ont été unanimes pour admirer ces magnifiques locaux dans lesquels les enfants rencontrent toutes les conditions de confort et d'hygiène les meilleurs.

 

Vers deux heures, M. Rossignol, président du bureau international des fédérations d'instituteurs, s'amène, conduit par deux délégués du Comité organisateur. Jamais, il n'a vu d 'aussi beaux locaux d'école, réunissant tout ce qu'il y a de plus moderne pour assurer la santé des élèves. La décoration florale l'enchante et il note les bancs si coquets, si solidement et si bien façonnés par MM. Clinquart frères, de Houdeng-Goegnies.

 

Entre-temps, M. Oscar Werder, le renommé photographe Louviérois, prend quelques vues du bâtiment; tantôt, il rendra celles du cortège et de la cantate. Entre-temps, les fillettes et les garçonnets arrivent en toilette se ranger dans le préau, sous la surveillance de leurs maîtresses, car 3 cortège va bientôt se former.

 

Nous nous rendons rue des Trieux: les abords de l'Hôtel de Ville sont occupés par le Comité Scolaire, les sous-comités wallon et flamand du quartier de l'Abattoir. Sur les escaliers se trouvent le Conseil communal, les membres de la Commission administrative des cours industriels primaires, les entrepreneurs des bâtiments et du mobilier et quantité d'autres personnalités marquantes du village et des environs.

 

Sur la place des Trieux, un coup d'oeil chatoyant: toutes les élèves des institutions pour filles: école primaire, école d'adultes, cours de coupe et ménager, y sont rangées.

 

La Société des Fanfares des Deux Houdeng en grande tenue, vient les prendre, pendant que les Fanfares Ouvrières arrivent par la Couturelle, précédant les garçons: écoles primaires, d'adultes et industrielles.

 

Le cortège part aussitôt.

 

Le spectacle, rue de la Chaussée, est inoubliable. Les fillettes des écoles primaires, tout de blanc habillées, marchent avec correction et élégance, formant de la rue des Trieux à la rue Deburges, un ensemble ravissant fort applaudi. Très admiré le défilé des garçons, d'allure plus martiale, plus militaire, mais fort intéressant, dénotant une préparation soignée et méthodique de la part des maîtres.

 

Le Conseil communal vient ensuite suivi de ses invités, du Comité scolaire et la masse des parents.

 

Bourgeois et ouvriers, riches et pauvres, se côtoient unis dans une même pensée: celle de donner à l'Administration communale un témoignage d'approbation et de reconnaissance pour les sacrifices qu'elle s'impose en matière d'instruction. Et ce témoignage n'aurait su être plus complet et plus imposant! Plus de nonante pour cent de la population sont heureux des oeuvres d'enseignement officiel rais à la disposition de leurs enfants et ils en profitent largement et avec raison.

 

Jamais, la population scolaire de Houdeng-Goegnies n'a atteint un chiffre aussi élevé!

 

Et les parents et les habitants ont prouvé hier, avec un ensemble vraiment touchant qu'ils applaudissent à tout ce qui se fait dans l'intérêt de leurs enfants.

 

Pour le Conseil communal, c'est un satisfecit et un encouragement précieux.

 

Jamais cortège n'a été réussi de la sorte. Jamais défilé d'élèves ne fut aussi beau, aussi correct!

 

A l'arrivée près du pont du Croquet, les enfants de la nouvelle école sortent rangés et prennent place dans le cortège! Ils sont 132. On applaudit et avec raison!

 

Le cortège se déroule alors rue de Saint-Nicolas, du Croquet et de la Salle: sur son passage les ménagères jonchent la rue de sable et de fleurs. Il revient ensuite par la rue Léon Houtart, puis par celle de l'Abattoir; ici; c'est le bouquet. Le défilé des enfants, dans le cadre riche de la décoration de la rue, est vraiment féerique.

 

Les élèves pénètrent dans la vaste cour de l'école et ils se rangent dans les divers locaux et sur l'estrade avec une rapidité et une précision qui font honneur au personnel enseignant. La foule arrive à flots et des milliers et des milliers de personnes doivent rester sur la rue.

 

Le Conseil communal et ses invités s'installent sur les chaises réservées.

 

M. le Bourgmestre prend place sur l'estrade, Mme la Directrice des écoles, Mlles Dulière et Falise sont invitées à se placer à ses côtés.

 

Il fait part de l'émotion qu'il ressent suite au superbe cortège qui vient de se dérouler dans les rues et du concours sympathique des parents et de la masse d'étrangers accourus de toute part. M. Houtart fait l'historique de la question scolaire dans la commune.

 

L'enseignement primaire se donnait aux enfants pauvres de Houdeng-Goegnies, dans la propriété d'un ancien clerc laïc, M. Nicolas Michel, située rue des Clercs. Ce bien avait été donné à la condition de payer diverses rentes à l'Administration communale et aussi au Conseil de fabrique.

 

La profession d'instituteur et de clerc laïc fut exercée de père en fils, par les descendants de M. Michel, jusque vers 1855.

Une pièce intéressante déposée aux archives consiste en un procès-verbal de visite des bâtiments de l'école par les Vicomtes et Echevins A. Deburges et A. Monoyer, le 25 novembre 1785.

 

Les réfections furent terminées et reçues le 20 février 1786.

 

Le bâtiment fut l'objet de nouvelles observations le 5 mai 1832, de la part du Commissaire de district: on attribuait l'étendue d'une épidémie de petite variole à l'état insalubre de la classe.

 

Le 23 mai 1832, il était répondu que les locaux avaient été repavés et blanchis. Cependant, ils ne tardèrent pas à être désertés en partie. L'enseignement primaire était donné par divers particuliers dans des locaux plus ou moins spacieux.

 

Le 6 juillet .1855, l'Administration communale fut mise en demeure d'avoir à construire des salles d'écoles officielles.

 

Un premier projet, élaboré par M. Léopold Lefèvre, de Soignies, fut approuvé le 14 mai 1856; mais il ne fut pas exécuté. La population réclamait aussi un Hôtel de Ville et un projet d'ensemble fut mis à l'étude, celui de M. Mahieu, architecte, à Binche, fut préféré. Le terrain nécessaire (30a. 75) fut acheté rue des Trieux pour 5.535 francs; cet acte fut approuvé par arrêté royal du 19 avril 1859.

 

Le projet de construction d'un Hôtel de Ville avec maisons pour l'instituteur et l'institutrice et à salles d'école (2 pour filles et 2 pour garçons) fut voté le 26 janvier 1861 et 28 mars 1862.

 

La députation permanente ratifia le 30 mai 1862 et l'adjudication eut lieu le 7 juillet suivant.

 

Le 1er octobre 1863, les classes étaient occupées. Le rapport de M. l'Inspecteur provincial Courtois, du 2 décembre 1863, les qualifiait de "modèles". Elles ne tardèrent pas à être insuffisantes. Le 16 juin 1871, une troisième classe des garçons était établie au rez-de-chaussée et le 18 janvier 1872, une quatrième était construite à l'étage de la troisième.

 

Le 11 novembre 1873, des classes de filles étaient construites aussi à l'étage de la première. En 1879, une quatrième classe de filles était créée et une cinquième en 1883; les locaux des première et troisième classes avaient été scindés. En 1889, une des classes des garçons fut affectée à l'usage d'école gardienne. Les classes gardiennes furent installées en 1890 au nombre de deux et une troisième fut ajoutée en 1895. Cette même année, des travaux de grosses réparations furent exécutées aux bâtiments érigés en 1862. Cependant, par suite de la majoration énorme de la population scolaire, les autorités supérieures réclamèrent la construction de nouvelles écoles de garçons et l'aménagement de tous les locaux du Centre pour les filles.

 

Le choix du terrain demanda .beaucoup de temps: la propriété Dudioq de Saint-Moulin, le Cercle Horticole, la propriété Defer et le plateau de la Couturelle étaient proposés. Ce dernier fut choisi.

 

M. l'architecte Bodson, de Saint-Ghislain, fut chargé de l'élaboration du projet. Il fut approuvé le 21 août 1903; il s'élevait à 102.800 francs. Les nouveaux locaux étaient inaugurés le 15 octobre 1905.

 

L'agrandissement des locaux pour filles était aussi à prévoir. L'arrêté royal du 14 mai 1903 autorisa dans ce but l'acquisition du bien Boursier.

 

Ces terrains ne tarderont pas à recevoir leur utilisation: en effet, aux garçons, une septième classe était nécessaire; sa construction a été adjugée le 8 août 1913.

 

Des cours industriels primaires, installés en 1908, y ont pris un essor remarquable, grâce à: l'intelligente et active direction de H.Libert et au dévouement de ses professeurs.

 

Aux filles, la maison de l'institutrice fut transformée en classe ménagère; trois cours fonctionnent chaque semaine avec les élèves du degré supérieur de l'école du jour; un cours est donné le soir, en été; et il a obtenu la faveur de la population.

 

Enfin, un cours de coupe, de lingerie et de confection est installé dans la seule salle disponible de l'étage de l'école des filles.

 

En 1904, une classe primaire et une classe gardienne furent établies au hameau du Trieu-à-Vallée; les bâtiments, dont le projet avait été approuvé le 4 août 1906, furent terminés le 1er octobre 1907.

 

Le même groupement fut préconisé par les autorités scolaires pour le quartier de l'Abattoir en 1907.

 

Un arrêté royal du 30 juin 1911 autorisa l'acquisition du terrain.

 

Le projet, voté le 29 août 1911, vient d'être terminé: ce sont les superbes classes que l'on inaugure aujourd'hui. Elles font l'objet de l'admiration générale.

 

M. le Bourgmestre, au nom du Conseil communal en fait la remise à Madame la Directrice.

 

Il se félicite du choix de Mlles Dulière et Falise, pour tenir les deux classes. Il a confiance dans leur intelligence, leur dévouement et leur énergie.

 

La nouvelle école a, dès maintenant, une population considérable: c'est la preuve manifeste que les parents apprécient l'effort accompli par l'Administration communale; c'est le témoignage évident de la confiance des familles envers le personnel.

 

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L'école de l'Abattoir vue depuis le canal.

 

Ces dernières paroles, prononcées avec une conviction profonde, produisirent dans la foule une émotion considérable; des applaudissements saluèrent la fin de l'allocution de M. le Bourgmestre.

 

Vinrent ensuite les discours de Mme Servranckx, au nom des habitants du quartier de l'Abattoir, de Mlle Emilie Vandenberghe, de Mile Laure Cornil et de Mlle Berger.

 

Mais, M. Jeumont, le renommé directeur de l'Ecole de musique de La Louvière, a pris place pour diriger la cantate: un profond silence se produit.

 

L'orchestre, en fanfares, commence. Les fillettes interprètent la première partie, les garçons la seconde. Cette masse d'enfants, dont les voix fraîches sont harmonieusement bien encadrées par les sons des cuivres, interprètent avec brio et justesse le choeur: "Salut beau jour", dont les paroles ont été appropriées pour la circonstance. On ovationne directeur et élèves. Un bis est réclamé et, après son exécution, la "Brabançonne" est chantée pendant que toute l'assistance se lève et se découvre.

 

M. Jeumont est vivement félicité par M.le Bourgmestre.

 

L'étude de la cantate a commencé le 29 septembre 1913. M. Jeumont, avec le talent qu'on lui connaît, l'a orchestrée et enseignée avec l'aide du personnel des écoles.

 

Le brillant résultat qu'il a obtenu, lui fait honneur et nous lui rendons bien volontiers, l'hommage qui lui revient.

 

M. Delattre remet ensuite une gerbe à Madame l'institutrice Fondu-Godeau, cette excellente musicienne et pianiste qui accorde toujours un concours si dévoué et si artistique aux solennités musicales auxquelles les écoles sont appelées à participer.

 

Les enfants quittent la cour pour se rendre, les fillettes, au Café des Arcades; les garçons, au Salon Ancart, où un lunch les attend.

 

Les élèves du Trieu-à-Vallée avaient été restaurés chez M. Duriau, au Café de la Glacière. Ils avaient quitté leur logis depuis l'heure de midi et avaient suivi tout le parcours du cortège: il était équitable de leur offrir à boire et à manger; ils furent servis à profusion par leur dévouée institutrice, Mlle Hélène Bostem. Les autres élèves, garçons et filles, avaient reçu des bonbons dans les locaux qu'ils occupaient.

 

Après le départ des enfants, le Conseil communal et les orateurs prirent place sur l'estrade.

 

M. le Bourgmestre présente M. Rossignol, président du Bureau international des fédérations d'instituteurs, et M. Edouard Joossens, orateur flamand, président du sous-comité de l'école.

 

Après les discours de ces deux personnalités, M. Houtart fit l'éloge de M. l'architecte Bodson; de l'entrepreneur M. Emile Moulin, de Ladeuze; de M. Fondu, de Bracquegnies, et du surveillant Lambert.

 

Il termina la fête en remerciant le personnel enseignant, le Comité Scolaire, les habitants du quartier et tous ceux qui avaient participé au succès de cette journée mémorable.

 

La foule s'écoula lentement: jusque très tard dans la soirée, une animation intense régna dans les environs, au grand profit du commerce local.

 

Jamais, autant de chapeaux de haute forme n'avaient été exhibés dans la commune et il importait de les arroser convenablement, ce qui fut fait avec conviction.

 

La fête inaugurale est l'oeuvre des commerçants et des habitants de la rue, ainsi que du Comité Scolaire.

 

MM. Englebert Berger, Alphonse Duriau, Emile Debaix et Emile Vandenberghe, aidés de leurs voisins, se sont consacrés à son organisation avec un dévouement que l'on ne saurait trop louer: ils ont bien mérité de toute la population.

 

Les frais de cette réjouissance sont couverts par les cotisations des Commerçants et par les souscriptions volontaires de quelques amis dévoués du Comité Scolaire.

 

Non seulement le produit de la liste servira à payer toutes les dépenses, mais un reliquat important sera versé à la caisse de l'Oeuvre du Vêtement de l'école de l'Abattoir. De la sorte, on pourra en décembre et en janvier prochains, faire une ample distribution. Nous annonçons cette nouvelle avec joie. Elle aura le don, de faire braire, hurler et rager les ennemis de l'école officielle, mais elle fera plaisir aux malheureux.

 

L'école de l'Abattoir n'a pas dit son dernier mot: son avenir est assuré.

 

Le geste spontané de la population, accourue en masse à la fête du 5 est éloquent: c'est la meilleure approbation qui puisse être donnée à l'oeuvre du Conseil communal, en matière d'enseignement. Que sa devise soit: "Toujours mieux!"

18:15 Écrit par La Petite Louve dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ecoles |  Facebook |

Commentaires

Je trouve votre site est super génial.grand merci

Écrit par : Vanlaere | 22/02/2011

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