09/05/2008

L'incendie de l'Institut St-Joseph.

La Louvière - Mercredi 30 janvier 1901. 
UN MILLION DE DEGATS. 


Ce matin , par un temps plutôt calme, après une nuit au cours de laquelle la neige est tombée en très petite quantité, on apercevait, vers 6 heures, de tous les points culminants de la région du Centre, de sinistres lueurs annonçant qu 'un formidable incendie venait d'éclater à La Louvière: un sinistre d'une importance considérable se produisait soudainement, au moment où, à l'Institut Saint-Joseph, rue des Houdeng, les 350 élèves internes et les 50 pensionnaires envoyés de l'Orphelinat de Manage, avec leurs professeurs et les surveillants se trouvaient à la messe.

A cette heure matinale, un nombre considérable de travailleurs se rendent dans les usines et par les routes convergeant vers le lieu de l'incendie, ce n'étaient que clameurs, demandes anxieuses de ceux qui arrivaient à ceux qui s'en retournaient au logis, la rude besogne de nuit accomplie.

De loin, le spectacle était terrifiant et grandiose: on eut dit la cité entière embrasée.

 

Vers 6h.20, après l'exode des élèves assistant à l'office, les premiers secours arrivaient. Le réveil a lieu à 5 h. et la messe à 5h1/2. C'est un "grand" qui sortant pour une cause quelconque, donna l'alarme. On put gagner la chambre où deux petiots sommeillaient inconscients du danger qu'ils couraient, et les sauver.

Cependant que les autres s'enfuyaient tête nue. en pantoufles, en chaussons, abandonnant tous un petit pécule, et leurs effets, leurs livres, etc. Mais à 6h.20, comme nous le disons plus haut, la pompe de la faïencerie de M. Boch, avec des agents bien équipés, survenait et commençait à fonctionner; peu après, arrivaient les pompes des Ateliers Nicaise et Delcuve de La Louvière.

L'aile droite, à ce moment, ne formait déjà plus qu'une immense fournaise, d'où les flammèches s'épandaient en une pluie de feu, et allaient s'éparpiller sur la Chaussée, ainsi que sur les toitures des habitations voisines.


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Les efforts surhumains de tous ces dévoués, dont la plupart étaient juchés dans des positions périlleuses, devaient demeurer stériles: l'incendie faisait rage et se communiquait avec une spontanéité foudroyante de l'aile droite, au corps de la façade principale et à la longue file de bâtiments qui va se terminer près du Camp de Châlons, annexe des Usines Nicaise et Delcuve, et qui s'ouvrent par une porte cochère, flanquée de deux tourelles, dont l'une s'effondra à 8 heures et l'autre à 8h.1/2.

C'est une longue traînée de flammes, de fumée noire et épaisse, jetant dans la tonalité grise et sombre de ce matin d'hiver, des lueurs à la vision impressionnante auxquelles venaient encore s'ajouter les cris des sauveteurs, les clameurs de la foule assistant émue à ce désastre, et les sourds craquements des plafonds, des pans de murs allant s'abîmer sur le sol.
 

Voici d'après ce que nous avons pu apprendre, les causes du sinistre, car il y a plusieurs versions: le feu aurait été communiqué par la cheminée en tôle de la salle d'attente qui se trouve à droite de la grande porte de l'Institut; ou bien ce serait par une fissure de la cheminée, au grenier de l'aile droite - version la plus vraisemblable -ou encore dans la salle des pianos.

On disait aussi, au premier moment que le feu avait éclaté dans la chambre d'un professeur.
 Il y a, à cet établissement, 150 élèves internes et 350 élèves externes et, en ce moment, les 50 orphelins dont nous parlions plus haut. Les sommiers qui soutiennent les plafonds sont en bois et il n'y a aucune poutrelle en fer, ce qui explique la rapidité avec laquelle le feu s'est étendu. 

A 10 heures, le parquet de Mons, représenté par M M. Les chevaliers de Borman, procureur d  roi; de Patoul, juge d'instruction, accompagnés d'un greffier, est arrivé pour indaguer sur les causes du sinistre. 

On a pu, à grand-peine, préserver l'église, et c'est grâce au sang-froid de l'abbé Buisseret qu'on a évité de voir la salle de gymnastique et la brasserie devenir la proie des flammes. Le lavoir a été détruit. Les dégâts sont évalués pour l'établissement à 600.000 francs, couverts par des assurances, mais chacun des professeurs assurant son mobilier personnellement, on peut chiffrer ce sinistre par un million, avec les autres pertes. 

L'Institut a été fondé en 1879; les installations furent terminées en 1880. C’est l’abbé Guillaume qui en fut le promoteur. 


A l'abbé Guillaume succédèrent l’inspecteur de l’enseignement Noël; Caudron, curé de Carnières; Remy, professeur à Louvain; Wautier, chanoine, aujourd’hui à Seneffe, Buisseret, le directeur actuel.

 

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L'Institut St-Joseph en reconstruction. 

Parmi les personnes qui se sont dévouées, nous devons citer les agents du corps de police de La Louvière, les ouvriers des usines Nicaise et Delcuve; de la Faïencerie Boch; M M. Decastieau Adolphe, entrepreneur; Hoyaux, charpentier; François Hector, plafonneur. 

Une mention spéciale est due à l’ouvrier de la Faïencerie Boch qui, juché sur la façade de l'église, a empêché, dans une position très périlleuse et avec un dévouement et un courage dignes des plus grands éloges, toute conflagration; également au menuisier Clinquart Ephrem, perché sur le laboratoire de chimie et qui a rempli comme le brave dont nous venons de parler, tout son devoir. 

L'agent de police Denaeyer Pierre, un zélé, aussi, a vu une échelle se briser sous lui, et a été blessé, très légèrement heureusement. Il convient également de signaler la courageuse conduite du nommé Culot Joseph du Mitant des Camps, qui, en courant les plus grands dangers, est entré dans le grenier de la maison n°6, rue du Camp de Châlons, occupée par M. Bertouille et a éteint le feu qu'avaient communiqué à un paquet de linge et à une porte, des flammèches tombant sur le toit qu'elles avaient embrasé.

18:00 Écrit par La Petite Louve dans Faits divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendie, institut, ecole |  Facebook |

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