02/10/2008

La gaieté wallonne au temps jadis.

Mardi 16 septembre 1930.

 

"DUCASSE D 'HAMIA. ERMOUILLAGES DE FAUCHELLES ".

 

Emportées par le vent balayeur des bonnes vieilles choses du passé, nos gracieuses fêtes champêtres disparaissent toutes, l'une après l'autre. La génération actuelle les trouve trop vulgaires, elle les dédaigne même! Ne faut-il pas à nos guindés, à tous nos collets montés des distractions dernier cri? Ces fêtes rustiques, ces ducasses d'"hamia" exhalaient cependant des parfums autres que ceux que l'on respire dans les dancings et cinémas! Colorées d'azur et de soleil, elles traduisaient aussi les beautés de la vie à la campagne. Il est un fait, c'est qu'on s'amusait infiniment mieux, il y a cinquante ans, que de nos jours, parce que, dans l'organisation des fêtes la tradition populaire apportait plus de simplicité. C'était de la gaieté jaillissant du coeur, source de toutes les vérités; le caractère de la race s'affirmait, la jovialité wallonne, prise sur le vif, éclatait en rires sonores sur les faces largement épanouies. Esquissons alors rapidement comment cela se passait: d'abord, on n'avait guère recours à de grands frais de publicité. Le garde-champêtre ou le crieur public se contentaient, après les offices du dimanche, d'annoncer aux habitants les divertissements qui se donnaient dans la commune. En fait de spectacles forains, aucun, si ce n'est la boutique d'un marchand de caramels et de sucreries diverses. Pas de phalange musicale ni de société de gymnastique qui coûtent les yeux de la tête en frais de réception. On se contentait de faire la toilette du hameau; les haies tondues, fossés curés, gazons enlevés, chemins ratissés, balayés pour être ensuite recouverts de sciure de bois, de sable ou de, jonchées de fleurs. Des fausses portes, de larges guirlandes fleuries étaient suspendues en travers des chemins. Tout subissait un rajeunissement et un embellissement général: maisons passées à la chaux, portes et châssis repeints. Des parents venus de loin sont arrivés; la soupe est plus grasse dans tous les ménages. Ici, on a tué le cochon, là de la volaille, des lapins. Partout, on "godaille" ferme, c'est "le repos au sein de l'abondance" pour rappeler la sentence du physiologiste français Baudement. Après s'être empifré de victuailles et de boissons, on allait voir, l'après-midi, les jeux divers: courses aux sacs, aux grenouilles, mât de cocagne, jeu de bottines, de cuvelle, etc. La marmaille s'en donnait à coeur joie. On riait aux larmes, les quolibets et les lazzis fusant à l'adresse des malchanceux. Dans les cours des cabarets, les quilles dégringolaient avec fracas. A l'intérieur, dans le brouhaha des voix qui se croisent et les nuages de fumée de tabac, les hommes plus âgés, rajeunis de vingt ans, jouaient aux cartes. Sur les tables, de vigoureux coups de poing s'abattaient, soulignant la chute des atouts. Auprès du comptoir ou assis autour des tables, les paysans lampaient pintes sur pintes de fortes bières blondes et écumantes ou sirotaient force verres de vieux "péket". 0 liberté chérie d'antan! quand nous reviendras-tu? Dire, qu'aujourd'hui, nous sommes condamnés à ingurgiter des toxiques et des breuvages de sorcières! Vers le soir s'amenaient ici un joueur d'accordéon; plus loin, un violoneux, mauvais crincrin, frottant dur, il est vrai, mais n'amenant pas moins une forte détente de ressorts dans les jarrets de nos ruraux. Il fallait voir les polkas endiablées, les valses plates étourdissantes! Nos danses modernes alanguissantes, nos plus savants fox-trots ne sont que de la petite bière auprès des ébats chorégraphiques de nos ancêtres. Au repos, on allait prendre un verre au cabaret voisin et écouter un chanteur qui, juché sur une table, s'égosillait à un répertoire emprunté au beuglant de la ville. On s'en payait ainsi une tranche jusqu'à l'aube et cela avec un entrain endiablé, dans une atmosphère d'intimité, de bien-être et de joie unanime. Voilà, comment, il y a cinquante ans, les bonnes gens du temps passé, s'amusaient. Ah! la vie large, l'existence plantureuse, les plaisirs, tout cela n'est presque plus qu'un souvenir. La vie trop lourde, trop compliquée d'aujourd'hui ne se prête plus guère à ces réjouissances délicieuses qui demandaient de la bonne humeur et de la naïveté surtout. Camille d'HENRIPONT.

19:15 Écrit par La Petite Louve dans Festivités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ducasse, kermesse |  Facebook |

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