26/10/2008

Le développement de La Louvière.

La Louvière - Vendredi 10 juillet 1937.

 

A l'origine de La Louvière, des maisons de commerce en tous genres, tels Michel Thiery, Randour, Rousseau, Moutier, s'établissaient à la Chaussée. Sans rechercher la chronologie exacte de tous ces établissements, en fixant les dates des années, ce qui, en somme, est inutile ici, puisqu'ils sont antérieurs a la séparation de Saint-Vaast, et qu'un thème, développant et commentant les évènements, vaut mieux que des chiffres arides, nous avons suffisamment démontré que la situation politique et économique du hameau de La Louvière, avec ses tenants, Hocquet, Longtain, Baume, Bouvy et Mitant des Campa, et leurs nombreux habitants militait pour la séparation et l'autonomie administrative. Cependant, l'Administration communale de Saint-Vaast avait fait tout son possible pour satisfaire aux besoins religieux et intellectuels des populations de La Louvière, en construisant une église dès 1851-52, place des Martyrs, et deux classes d'écoles rue du Curé, l'église et les écoles du village étant trop loin, ainsi qu'un cimetière, près de Bouvy. A cette époque, lorsqu'il y avait un enterrement, on posait le cercueil sur un chariot de ferme à quatre chevaux, couvert de paille. La famille et les assistants y prenaient place pour aller à l'église du village. Mais cela ne suffit pas pour arrêter les partisans, avec Mairaux, de la séparation, de la scission totale, et ce fut la guerre acharnée entre les partisans de l'intégrité et de l'unité de Saint-Vaast et les séparatistes autonomistes du parti de Mairaux. (Il n'y a rien de nouveau sous le soleil...). Les vieux de Saint-Vaast faisaient à Mairaux un crime de sa trahison des intérêts communaux, et avec les gens de Baume, qui, tout en admettant la nécessité de la séparation, voulaient que le centre de la future commune fut vers Baume, et de ce fait reprochaient à Mairaux son plan d'agrandissement, qu'ils imputaient à son désir de vendre les terrains de sa famille, hérités de Nicolas Thiriar. La réalisation de ce plan, c'est La Louvière d'aujourd'hui; il fut conçu et tracé après décret royal de 1866. Donc, sans attendre la séparation, Mairaux, bourgmestre de Saint-Vaast, faisait construire, dès 1867, l'église et les écoles actuelles, et limitait la place Maugrétout; ensuite, une nouvelle Maison communale. Les maisons vinrent après, car, longtemps, le rue du Commerce, (Albert 1er), le rue de la Loi, le boulevard, la place Communale, les rues de la Concorde, de Kéramis et de Belle-Vue restèrent vides, bordées de terres et de prairies; et les rues Neuve (Joseph Wauters) et Ferrer actuelles restèrent longtemps avant d'être creusées à travers les terres. La vieille église fut démolie en 1875 par J-B. Grapin qui, avec les briques, construisit les maisons de la rue du Marché. Quant à la vieille "Since Mattée", elle ne disparut qu'en 1878 et est remplacée par l'Hôtel du Commerce et les maisons voisines. Comme Rome, La Louvière ne fut pas bâtie en un jour; mais puisque, comme Rome, La Louvière a une louve dans son blason héraldique, on peut admettre aussi qu'elle eut son Romulus et son Rémus en Thiriar et Mairaux. Ce fut principalement autour de la vieille église que les rues et les maisons se développèrent; la place des Martyrs, la rue du Curé, du Travail, la place Sainte-Barber se bordèrent de maisons ouvrières construites par les Charbonnages de La Louvière. Rue Kéramis et rue de la Poste actuelle,  M. Boch avait construit le quartier des Allemands. Il fonda aussi l ' Ecole des Soeurs, rue de Bouvy. Pendant ce temps-là, la question de la séparation et des limites se discutait au Conseil provincial; la séparation fut décidée et approuvée en 1867, mais ce ne fut qu'en août 1869 que fut admise par le Sénat et approuvée par le Roi, l'érection de La Louvière en commune autonome; mais Amand Mairaux était mort à la tâche en février. 

La vie d'Amand Mairaux fut une vie de lutte, non seulement pour cette question de séparation, mais aussi sur le terrain des idées politiques; ardent libéral, il professait les idées des libéraux de 1789 et de 1830, de Voltaire, de Rousseau, dont les oeuvres composaient sa bibliothèque; et comme, à cette époque les partis, à La Louvière, étaient déjà classés, les luttes étaient parfois ardentes entre les hommes aussi, nonobstant le fait que les électeurs étaient peu nombreux. Il y avait donc aussi des catholiques militants, parmi lesquels on peut citer le notaire Coppée, le docteur Pourbaix, Fagnart, qui étaient, sur le terrain des partis, adversaires de Mairaux, ainsi que M. le Curé.

C'est ainsi que ce dernier avant fait un jour un sermon contre la danse et les bals, Mairaux - avait-il lu le pamphlet de Paul-Louis Courrier sur le "Droit de danser"? - publia un manifeste y répondant et autorisant les bals publics;  M. le Curé y répondit encore et, inspiré plus par l'esprit sectaire et fanatique, que par celui de la charité chrétienne, il appela sur Mairaux et sa famille la malédiction divine. C'était le désespoir et la douleur de Mme Mairaux, qui vit mourir d'abord ses jeunes enfants, son mari, puis son fils Emile, à 25 ans. Fatalité! (Ce manifeste a été placé récemment à l'exposition du Tourisme, à La Louvière). Pour terminer, disons encore que les partis avaient déjà aussi leur Société de musique: les catholiques, les Fanfares de Sars-Longchamps, dont le local était au Cron Pie, place des Martyrs; les libéraux, l'Harmonie - l'actuelle Harmonie Libérale - chez Mainil, en face; et les Fanfares de Kéramis, à la Faïencerie. Depuis lors, La Louvière n'a fait que grandir et prospérer dans tous les domaines, selon son destin. Si Napoléon n'avait pas fait le canal, et si le chemin de fer, au lieu de Mons, avait pris sa direction vers Binche, Saint-Vaast n'aurait pas été sacrifié.  PAUL CONREUR.

19:30 Écrit par La Petite Louve dans Histoire locale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : commune |  Facebook |

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