10/04/2009

Le téléphone

Jeudi 20 septembre 1900.

Quand on réclame près des ronds-de-cuir de l'administration, quand on les tire de leur douce somnolence, on passe pour un grincheux. Que ces gens, aimables d'ailleurs quand ils ont franchi les murs du sanctuaire où ils se réfugient 10 heures par jour pour exaspérer le public, reçoivent une observation juste, il semble qu'on attente à une de ces prérogatives qui sont les assises inviolables de l'administration. 

Au téléphone, chacun sait ça à La Louvière, tout est parfait, tant qu'on n'a pas franchi le bureau central. Mais si l'on s'avise de demander Charleroi ou Mons, il faut s'armer de patience. L'"induction", ce cauchemar des intelligents techniciens, règne en maîtresse sur toutes les lignes, et vous entendez souvent une voix sortie de quelque bouche purpurine qui vous dit avec des sons argentins: "Patientez, Monsieur, il y a de la friture!"

Si quelqu'épicier s'avisait de fournir de la mauvaise moutarde, si un négociant en beurre mettait dans sa marchandise plus de margarine qu'il ne convient, on les traduirait devant la justice de leur pays, mais l'Etat, voyez-vous, c'est sacré; l'administration est une dame inviolable, insaisissable, représentée par des gens qui possèdent pour eux, quelquefois comme seule qualité, cette grande force: l'inertie! 

Nous devons dire qu'il n'en est pas de même partout, et que le chef du réseau de Charleroi est un homme rempli de décision, qui met tous ses soins à satisfaire les abonnés: hier, nous signalions un appareil défectueux; une heure après il était remplacé.

Pendant que nous sommes au téléphone, relatons l'établissement à la gare de La Louvière, de la cabine réclamée depuis si longtemps. Elle assure les abonnés contre les indiscrétions des gens peu délicats qui s'attardent aux guichets pour entendre les communications et en faisaient ensuite leur profit: nous parlons surtout des journalistes marrons qui pullulent dans la région et qui se sont emparés, sans vergogne, et à plusieurs reprises, du travail des professionnels, grâce aux mauvaises installations du téléphone.

19:15 Écrit par La Petite Louve dans Services publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : telephone |  Facebook |

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