14/07/2009

La passerelle s'écroule sur un train de marchandises.

Samedi 23 juillet 1910.

Depuis très longtemps on réclamait, à cor et à cri, une passerelle au Hocquet, et après dix années de réflexion, le gouvernement avait enfin consenti à entendre les réclamations justifiées des intéressés. Il y a quelques mois, l'on s'était mis à l'oeuvre pour édifier une vaste passerelle; elle était finie; les peintres enjolivaient le mastodonte de fer, les essais de résistance étaient assurés, le bouquet trônait au faîte, et il s'en fallait de quelques jours pour que cette voie aérienne fut mise à la disposition du public. 

Hélas! Tout est à refaire... 

La passerelle du Hocquet s'est écroulée la nuit dernière avec fracas sur un train de marchandises. 

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L'ACCIDENT. 

Il était exactement lh.20 du matin. Le train de marchandises numéro 5641, faisant le service de Haine-Saint-Pierre Manage, venait de quitter la gare de La Louvière à destination de Manage. Le train était presque complètement passé, quand soudain la passerelle s'écroula avec un fracas épouvantable, s'abattant sur deux fourgons. 

Le premier moment d'émoi passé, l'on constata que personne n'était blessé. Mais les dégâts matériels étaient considérables. Les trois fourgons de queue du train étaient indemnes et dans le dernier se trouvait le chef-garde dont on devine la stupeur. 

Un veilleur de nuit, Léon Staumont, de Houdeng-Goegnies, se trouvait dans son abri quand 1'accident se produisit, au pied même de la passerelle. Il peut se vanter de l'avoir échappé belle, de même d'ailleurs que les cinq ouvriers qui reposaient dans un wagon-cabane, lequel fut frôlé par la passerelle et en partie abîmé. 

L'alarme fut aussitôt donnée et, vers trois heures du matin, M. le commissaire Gilson, ainsi que des agents et des gendarmes, se trouvaient sur les lieux, prenant les premières mesures d'ordre. 

Au jour naissant, on put se rendre compte des détails de l'accident. Le pont avait cédé du côté du Hocquet et s'était abattu sur la voie de toute sa longueur, arrachant en partie une assise de maçonnerie du côté de la rue de la Station. Le pont, qui gît lamentablement sur le sol, obstruant toutes les voies, affecte la forme d'un accordéon.

L'un des deux wagons est complètement écrasé, l'autre a fait bascule et deux de ses roues pendent dans l'espace. 

Le spectacle est tragique et est de nature à tenter les photographes. A 7 heures du matin, il était déjà le point de mire des objectifs.

 LES CAUSES DE L'ACCIDENT. 

Il ne nous appartient pas de les rechercher. Nous nous bornerons à faire des constatations. Hier, à l'effet de s'assurer de la résistance de la passerelle, l'on avait placé sur le tablier 65.000 kilos de sable, en sacs de cinquante kilos. Mais les pluies persistantes ont augmenté le poids dans de notables proportions. En effet, l'on a pesé ce matin trois sacs de sable et l'on a constaté qu'ils pesaient, non plus 150 kilos, mais 180. Peut-on en conclure que c'est la surcharge provoquée par la pluie qui a amené l'accident? 

Le pont avait été construit par la firme Paris, de Marchiennes, d'après les plans de l'Etat. La maçonnerie avait été confiée à M. Gailly, de Fayt. 

Le pont avait une longueur de 54 mètres et une largeur de 3 mètres. Il était réservé aux piétons.

LES TRAVAUX DE SECOURS. 

De très bonne heure, M. le député Pol Boël se trouvait sur les lieux, offrant le concours de son personnel pour les travaux de déblaiement. Le Bourgmestre de La Louvière, M. Guyaux, que l'on avait prévenu, ne tarda pas à arriver. 

Un équipe d'ouvriers commença à enlever de la passerelle les centaines de sacs de sable qui s'y étaient accumulés. Le travail dura jusque 8 heures du matin. 

Vers 7h.l5 arrivèrent MM. Merveille, directeur de service; Jottrand, ingénieur principal de la Traction; Hélin, chef de section principal; Léonard, chef de section; Estienne, ingénieur aux Voies et Travaux. Après une rapide conférence et en l'absence de l'ingénieur des établissement Paris, ces messieurs décidèrent de couper la passerelle à l'aide de l'oxhydrique. Le matériel des usines Boël et celui des ateliers de la Franco-Belge furent aussitôt requis. L'on est en ce moment à 1'oeuvre. 

Mais il ne faut pas espérer voir les voies déblayées de la journée. 

LA CIRCULATION DES TRAINS. 

Le service des trains de marchandises a été complètement supprimé. Grâce à la vigilance de M. le contrôleur Brouwet, arrivé sur les lieux peu de temps après l'accident, et du personnel de la gare, le service des voyageurs a pu se faire par transbordement. 

Cet accident, connu à La Louvière avec la rapidité de l'éclair, a causé une vive émotion. On frémit en pensant à la catastrophe que l'on eut eu à déplorer, si l'accident s'était produit le jour au moment du passage d'un train de voyageurs. 

NOUVEAUX DETAILS. 

On nous signale que deux serre-freins ont été légèrement blessés en courant le long des voies.

12:01 Écrit par La Petite Louve dans Equipements publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : passerelle, hocquet |  Facebook |

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