20/09/2009

La gare de La Louvière (2)

Mercredi 21 décembre 1907.

Son insuffisance - L'efficacité du nouveau projet - Les passages à niveau et les entraves à la navigation - Une solution radicale. 

La Louvière est une cité qui s'est développée à ancien petit hameau d'un village agricole, dont il s'est détaché pour vivre avec son autonomie, il a vu s'édifier rapidement la puissante métallurgie aux innombrables cheminées, tandis que l'exploitation charbonnière, intensifiée, accroissait, dans des proportions inusitées, le trafic du chemin de fer et du canal. 

Plus heureuse que bien d'autres communes, elle n'a pas trop souffert de cette accumulation, souvent incohérente, d'usines multiples; un plan d'alignement, sagement conçu, lui a réservé de grandes artères et de larges voies, où malheureusement les poteaux massifs ont remplacé les arbres aux belles frondaisons; puis, de nombreuses rues se sont tracées; les lignes des tramways électriques se sont créées, reliant tous les points extrêmes au coeur de la ville naissante et, à mesure que cette expansion presque exceptionnelle s'accusait d'année en année, la population s'accroissait rapidement; en l'espace d'une quarantaine d'années, elle s'est triplée pour atteindre, en 1906, le chiffre de 20.500 habitants. 

Les administrateurs communaux avaient montré une prévoyance dont la population doit garder une reconnaissance profonde; mais celle-ci n'ira pas à l'Etat dont, tous les jours, le public déplore la négligence dans tous les domaines. 

Faut-il rappeler les protestations qui accueillirent la plantation des monstrueux troncs d'arbres noirs supportant, rue de la Chaussée, les fils téléphoniques; faut-il remercier l'administration des postes pour la diligence qu'elle apporte à l'édification d'un bureau digne d'une ville comme La Louvière;; rééditerons-nous la sempiternelle question du canal "qu'on va toujours achever!".; enfin, signalerons-nous l'intolérable insuffisance de la gare - puisqu'il faut appeler par ce nom ce bâtiment répugnant et cet étroit couloir de voies ferrées dangereuses et néfastes au développement de la ville?

Un récent article a rappelé le passé et évoqué l'avenir du fameux canal; aujourd'hui, la gare de La Louvière sera le sujet de notre causerie. 

Il est entendu que l'agrandissement de la gare est décrété; les expropriations sont en cours et, quand les terrains auront été acquis - ce qui est indispensable dans toutes les hypothèses - qu'aurons-nous? 

On ne touche pas aux bureaux et fonderie de la Société Anonyme Nicaise et Delcuve; on ne touche pas non plus aux faïenceries Boch. La perspective de nombreux millions à décaisser ne sourit guère à nos maîtres. Et, cependant, pour arriver à un résultat satisfaisant, pour désencombrer le réseau, pour construire un bâtiment de recettes avec salle d'attente spacieuse, il faut de l'espace.

Ce n'est pas le projet en cours d'exécution qui répondra à tous ces desiderata, quoique les expropriations actuelles soient, en tout état de cause, indispensables, répétons-le. 

Mais, quand bien même le terrain serait suffisant pour édifier un monument approprié aux nécessités du trafic des voyageurs et de marchandises, la solution ne serait encore qu'imparfaite, elle appellerait encore dans l'avenir de nouvelles études; il ne serait apporté, en effet, aucun remède : 

1° Ni à l'entrave à la circulation par les passages à niveau de la Chaussée, du Hocquet et de Tout y Faut;

2° Ni à l'obstacle à la navigation que constitue le pont tournant. 

Faites un référendum dans le Centre au sujet du passage à niveau de la Chaussée, demandez l'avis des Louviérois qui, surpris par la fermeture toujours intempestive des barrières, doit escalader le fameux viaduc au pas de course, au risque de manquer le train, questionnez les charretiers, les chauffeurs et surtout les wattmen et leurs voyageurs. Puis, poursuivez votre enquête tout le long de la ligne vicinale vers Houdeng, vers Jolimont: vous verrez quel tollé général! Que de correspondances manquées, que de longues attentes de trams en retard, quel désarroi dans tout le service! 

Ce n'est pas la transformation de la gare telle qu'elle est projetée qui rendra tout ce monde heureux. 

Il y a quelque chose à faire, direz-vous: oui, et même on a le choix entre deux systèmes:

C'est très simple: quand on rencontre un obstacle, on passe au-dessus ou en dessous.

Un viaduc? C'est la proposition de la Société Nationale des Chemins de fer vicinaux qui se contente bien entendu de l'édifier au profit de ses lignes et peut-être des piétons.

Double défaut:ce projet, dont l'exécution coûterait une somme disproportionnée avec l'effet utile, serait inesthétique et d'autant plus difficile à réaliser que, du côté de Houdeng, la rampe d'accès devrait rejoindre la route dont la déclivité marquée est dans la même direction. 

Même en supposant ce problème résolu par nos ingénieurs, il n'y aurait jamais qu'une solution caduque: du moment où une partie de la circulation, et en l'occurrence il s'agit des attelages, est encore arrêté, il faut chercher ailleurs.

Passages souterrains? 

L'inconvénient de la pente qui affecte le viaduc vers Houdeng, se représente pour le passage souterrain dans la direction de La Louvière. 

A qui sera-t-il accessible: à tous, trams, voitures, piétons? A supposer cette hypothèse réalisable et, malgré le danger, il y aura sous les voies un véritable cloaque où pataugeront les malheureux piétons; le niveau des eaux du canal est trop élevé par rapport à la Chaussée elle-même, que serait-ce par rapport au souterrain? 

Enfin, il y a à considérer les embarras provoqués par la fermeture des barrières au Hocquet, à Tout y Faut; le passage aérien de la Chaussée n'apporterait aucune modification à cette grave nuisance. 

Nous avons vu jusqu'ici la question des passages à niveau; le problème se complique: il y a encore le pont tournant. 

Sait-on que le trafic de la gare est si intense que l'Administration des chemins de fer trouve difficilement le moment propice à l'ouverture du dit pont, afin de permettre aux bateaux l'accès du "port", qu'il est question de ne faire cette manoeuvre que la nuit, et que, chose plus grave, il sera impossible dans un bref délai d'ouvrir ce pont malencontreux, le mouvement augmentant sans cesse. 

Ceci de l'aveu de l'administration elle-même. 

De là à conclure à l'inutilité de ce bout de bief - à sa suppression, il n'y a qu'un pas mais quel préjudice ne serait-ce pas pour nos industriels? 

La moyenne du mouvement des bateaux est de quatre, quotidiennement, apportant du grain, emportant du charbon, des produits céramiques, etc.

Ici encore, l'agrandissement de la gare actuelle ne peut qu'aggraver la situation; toute personne de bonne foi ne peut que confirmer le fait et reconnaître que la navigation souffrirait plus encore que par le passé. 

Enfin, les voyageurs eux-mêmes, à part le plus ou moins confortable des nouvelles installations, y trouveront-ils leur compte? Ne courront-ils pas, comme par le passé, à Haine-Saint-Pierre, à Bouvy, à Houdeng, pour se rendre à Ecaussinnes, à Soignies, à Erquelinnes et même à Bruxelles? La détestable position de notre gare nous rend tributaires des communes voisines, et cela, d'une façon chaque jour plus marquante, à cause de l'extension de l'industrie, du développement du commerce, de l'augmentation de la population, qui se chiffre par un supplément d'un millier chaque année, et du nombre de voyageurs croissant. 

N'y a-t-il pas un moyen de supprimer les passages à niveau, de libérer la navigation de ses entraves, de faciliter aux voyageurs leurs relations avec les autres villes?

18:00 Écrit par La Petite Louve dans Equipements publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gare |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.