22/09/2009

La gare de La Louvière (3)

Jeudi-Vendredi 26-27 décembre 1907.

La gare industrielle de La Louvière-Nord - La gare de voyageurs de La Louvière-Sud - La nouvelle avenue - Un projet grandiose. 

Allons droit au but: la gare actuelle devient uniquement industrielle; le passage à niveau de l'Etat est supprimé à la Chaussée et la gare nouvelle, la gare à voyageurs s'édifie à Bouvy - ce sera La Louvière-Sud. 

Quand l'incision est profonde, le patient crie; la plaie purgée, il remercie son bourreau, mais avant cette période d'apaisement, de convalescence et de guérison, que de reproches, que d'injures même!

Eh bien ! Voyons d'abord, chers lecteurs des "Nouvelles", le bien qu'il résultera de cette opération. Nous répondrons ensuite à vos griefs.

Suppression de la presque totalité des 27 voies de passages à niveau; à la Chaussée, les voies actuelles de l'Etat se terminent à gauche et à droite en cul-de-sac, d'où passage absolument libre pour tous, trams, chariots, voitures et autos, piétons, les industriels du côté canal ont leur raccordement direct, ceux du côté opposé se raccordent à la gare de La Paix.

L'objection maintenant: pour les industriels du côté canal, c'est parfait, mais pour les autres? Parmi ceux-ci, il n'y en a guère que trois pour lesquels une voie devrait subsister jusqu'à nouvel ordre.

Ce sont Nicaise et Delcuve , dont les produits de fonderie doivent traverser la route, manoeuvres très espacées et peu gênantes. Il y a encore Sars-Longchamps et La Paix, dont le charbon doit se transporter par eau; ici maintien provisoire des voies, inconvénient disparaissant le jour où se charbonnage établira un pont au-dessus de la Chaussée avec déchargeurs, les usines Boch étant alimentées de combustible par le même procédé. Les autres établissements, ceux de Van Praet et Sauvage étant expropriés, se raccorderaient à la gare de La Paix; Van Binst pour ses bois, le Moulin Dambot utilisant la voie de l'Usine à Gaz.

Notons en passant que le profil des terrains permet très aisément l'établissement de la voie surélevée avec déchargeurs mécaniques qui remplacerait les voies actuelles des Charbonnages de La Louvière et Sars-Longchamps. 

Nous pouvons donc affirmer qu'il n'y aurait pas d'intérêt privé lésé; il va de soi que chacune de ces industries aurait quelques frais à débourser; mais ce qu'il faut considérer, c'est la minime dépense qui leur incomberait en regard d'un immense intérêt que la généralité et eux-mêmes en retireraient. 

Une remarque cependant: les établissements industriels ont fixé leur siège le long de la voie ferrée à raison des multiples avantages qu'elle leur procure; nous admettons, diront-ils, que ces avantages subsistent, à un près; mais celui que vous supprimez est énorme à nos yeux: le chemin de fer amenait nos ouvriers à notre porte, la réalisation de votre projet les force à venir à pied pour la plupart depuis Bouvy; ce sera un grave ennui pour eux, qui, souvent, ont un long trajet quotidien à effectuer et pour nous, qui aurons plus de peine à les recruter.

C'est exact à première vue; mais il y a un remède; que chacun y mette du sien et d'une bonne entente peut résulter un bien immense. 

Par la suppression de la gare de La Louvière, ou plutôt par sa transformation - tout le tronçon de voies de La Louvière - La Croyère - n'est plus qu'une gare industrielle le long  de laquelle chaque établissement a son raccordement direct. 

Qui dit que l'administration des chemins de fer ne s'entendrait pas avec les patrons et ne permettrait pas aux trains ouvriers seulement de venir des gares de Bouvy ou de La Croyère, jusqu'à l'extrémité des deux tronçons séparés par la Chaussée à La Louvière? Une locomotive privée au besoin ferait ce service dont bénéficierait ainsi chaque usine. 

Dès lors, quelle objection ferait-on encore? 

Voilà, par cette solution, le pont tournant du canal manoeuvrant à volonté - puisque l'intense service de voyageurs est supprimé; la même raison libère le passage à niveau doublé d'une passerelle au Hocquet, des fréquentes fermetures des barrières - et nos passages à niveau de La Louvière sont virtuellement supprimés. 

Que voulez-vous de plus? 

La gare de La Louvière - Sud ou de Bouvy est plus éloignée du centre que la gare actuelle. Oui, c'est exact, mais la différence n'est pas grande; car notez que la gare projetée actuellement par l'Etat doit s'édifier au même emplacement et il y aura toujours à faire le coude de la chaussée jusqu'à la dite gare sans l'aide possible d'aucun tram.

Il en est autrement de "notre projet", quoique nous n'en soyons pas l'auteur. L'emplacement de Bouvy permettra de prendre indifféremment le train: 

1° vers Mons ;
2° vers Houdeng, Soignies;
3° vers Houdeng, Ecaussinnes, Braine ou Ronquières;
4° vers La Croyère, Manage, Seneffe ou Charleroi;
5° vers Piéton et Charleroi;
6° vers Binche et Erquelinnes. 

C'est-à-dire que La Louvière serait la grande gare du Centre, tandis qu'actuellement elle n'a qu'une importance toute secondaire, indigne du chef-lieu du Centre. 

Pour arriver à ce but, il y a à créer:

1° Un raccordement reliant la voie de Mons à La Louvière, de Bois-du-Luc à Bouvy.
2° Un raccordement de Bouvy à La Croyère, lequel passerait à Baume, soit au-dessus, soit au-dessous de la Chaussée, mais dans tous les cas sans passage à niveau.

Le tracé exact est de la compétence du département des chemins de fer; cependant, il y a un point actuellement acquis, c'est qu'il n'y aura aucune rampe d'une inclinaison plus forte que celles qui existent, au contraire. 

Il n'y a donc aucune raison péremptoire qui s'oppose à l'étude d'un tel projet; à notre humble avis, tout milite en faveur de sa réalisation, car, indépendamment des avantages commerciaux et industriels, il y a l'embellissement de La Louvière qui en dépend. 

De la place des Martyrs, une large avenue de 30 mètres joindrait la nouvelle grande gare: voies carrossables, promenade au milieu pour les piétons, double rangée d'arbres, double ligne de tram donnant un accès aisé et rapide; ne sont-ce pas là des compensations à la distance un peu plus grande? Le long de cette grandiose voie de communication s'édifieraient, promptement, de nombreuses maisons de commerce et des habitations particulières; cependant, l'axe même du commerce de la ville ne se déplacera pas: la Chaussée actuelle restera toujours la grande route de communication; il y aura, simplement, drainant la population vers elle, une artère de plus qui sera la gloire de notre cité, et qui aura provoqué la naissance d'un nouveau quartier, admirablement placé au point de vue hygiénique.

Tout ceci, c'est le compte rendu d'une interview; nous sommes même autorisés à nommer la personne qui s'y est prêtée et que nous remercions très chaleureusement. Nous avions entendu parler de l'existence d'un projet de ce genre, et nous n'avons pu mieux faire que de nous documenter auprès de son auteur. 

M. Hector Génard, ingénieur principal, directeur des Ponts et Chaussées, dont les remarquables travaux du Canal du Centre ont fait la juste réputation, à un titre de plus à notre estime: il s'est préoccupé de notre région; il a dressé un projet qui, après avis de divers départements, sera soumis à l'Administration communale de La Louvière.

Aussitôt celle-ci en possession du précieux document, nous nous ferons un devoir de le reproduire in extenso dans nos colonnes, soucieux que nous sommes de collaborer de toutes nos forces à la prospérité et à l'embellissement du Centre en général.

18:00 Écrit par La Petite Louve dans Equipements publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gare |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.