22/02/2010

Une nuisance publique

La Louvière - Dimanche 5 septembre 1920.

La Louvière, comme toute cité située en pleine région industrielle, jouit ou souffre des conséquences de cette situation; elle lui doit sa prospérité et les moyens d'existence de sa population, mais elle en subit aussi les inconvénients. 

De ces inconvénients, il y en a qui sont vraiment une nuisance, une calamité publique, et l'on ne comprend pas comment, depuis qu'elle perdure, aucune administration communale n'ait pris aucune résolution d'y remédier, sinon la supprimer. 

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Les usines le long de l'embranchement du canal du Centre.

Nous voulons ici parler des Laminoirs du Centre qui, là derrière notre "Hôtel de Ville", empeste et souille de ses noires et lourdes fumées, tout le voisinage. La Place Communale, qui aurait pu être un endroit des plus beaux et des plus agréables de la ville, en est, au contraire, le plus sale et le plus misérable; tous les immeubles qui avaient été conçus pour être des maisons confortables, discrédités, sont devenus, par suite d'abandon de locataires auxquels elles étaient destinées, des refuges d'ouvriers, qui en sous-louent à des prix onéreux, les chambres et appartements divisés en quartiers, qui sont aussi des plus sales et des plus insalubres, par la négligence des propriétaires qui ne s'intéressent qu'à en recevoir les loyers. S'il y a à La Louvière une commission d'hygiène, nous l'invitons à faire une inspection de ces maisons de logements.

Mais revenons aux Laminoirs; il est d'abord incompréhensible qu'au début, on ait laissé construire cette usine à cet endroit, alors que l'on savait ce que serait cette partie de la ville. Dans toutes ces questions, il y a toujours le recours de commodo et incommodo des habitants, mais comme en ce temps, il n'y avait d'habitants dans ce quartier que ceux du Hocquet, on n'a pu leur demander leur avis. 

Plus tard, il était trop tard, le mal était fait, et on ne pouvait plus penser à le réparer en transférant l'usine ailleurs ou en la démolissant. 

Quand on pense que les Boches ont démoli les laminoirs Piérart, là-bas, à La Croyère, on regrette vraiment qu'ils aient épargné celui-ci. A quelque chose malheur est bon, dit-on; en ce cas, c'eut été un bien si ces laminoirs avaient été détruits de fond en comble, et qu'on eut pu par ce fait ne pas les rétablir. 

Quand on pense à la campagne d'opposition qu'on fit jadis pour empêcher la Société de la Vieille Montagne de venir monter dans les champs de Tout-y-Faut, une usine à zinc, sous prétexte que ses fumées auraient empesté la contrée, mais aussi parce que d'autres industriels en voulaient éviter la concurrence, on ne comprend pas que l'on ait toléré si longtemps, malgré les protestations et les plaintes, les préjudices et la nuisance causés par ces maudits laminoirs. 

Maintenant, beaucoup plus qu'avant, on souffre de ces fumées, qui, par la qualité du charbon employé, sont tellement lourdes, chargées de suie, qu'elle ont peine à s'élever et à se dilater en l'air. Et il suffit d'un peu de vent ou d'un temps brumeux, comme celui dont nous jouissons en ces jours, pour que ces fumées se rabattent, pénètrent par portes et fenêtres, dans les habitations, salissant et empestant partout. 

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Plan parcellaire de P.C.Popp montrant les implantations industrielles de La Louvière vers 1870

Mais puisque cela coûterait trop d'exproprier ces laminoirs pour cause d'utilité publique, notre Conseil Communal socialiste, qui a pour principe de défendre avant tous autres les intérêts de la classe ouvrière qui habite ces quartiers, ne pourrait-il pas, se faisant l'interprète de ces plaintes, demander et, si besoin est, obliger les propriétaires des Laminoirs à hausser de quelques mètres, les cheminées qui dépassent à peine la hauteur de la Maison communale? 

Ces cheminées sont réellement trop basses et ne répondent nullement à la hauteur imposée à toutes ces cheminées d'usines; on peut comparer avec celles de la Faïencerie, des usines Boël et de la brasserie de Maugrétout, qui n'occasionnent pas tout le mal de celles-là. Et si ces cheminées sont trop vieilles, trop peu solides, on doit en faire des neuves, avec toutes les dimensions exigées, car il est certain que si les cheminées des Laminoirs étaient de cinq ou six mètres plus hautes, les fumées retomberaient moins, emportées qu'elles seraient au-dessus des maisons. Peut-être que tout ce que nous disons ne servira à rien, que nous aurons parlé dans le désert, mais au moins nous aurons dit les plaintes de beaucoup de gens qui pensent et croient qu'un Conseil communal est là pour défendre les intérêts de ses administrés et agir là où il doit agir pour le salut public. 

D'ailleurs, les salles et bureaux de l'Hôtel de Ville sont assez enfumés, et les employés sont trop souvent incommodés par les gaz asphyxiants du Laminoir, pour qu'il soit besoin de faire une enquête supplémentaire de commodo et incommodo. 

Mais il est une chose incontestable, c'est que la question des Laminoirs du Centre, qui fut déjà autrefois à l'ordre du jour de la commune, devra un jour se résoudre: ou bien ils doivent disparaître, ou bien l'Hôtel de Ville sera transféré ailleurs; mais cela n'empêcherait pas le mal de persister, en condamnant tout un quartier à subir les inconvénients des fumées. 

20:15 Écrit par La Petite Louve dans Industrie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : laminoirs |  Facebook |

Commentaires

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Écrit par : gerard | 16/04/2014

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