26/02/2010

Aus Magasins Communaux du Centre

Mercredi 27 décembre 1924.

Lorsque l'odieuse agression allemande fut connue et que le pays eût été envahi par les hordes barbares, les grands centres industriels coururent le risque de se trouver sans ravitaillement. 

Quelques administrateurs de la chose publique virent le danger, et en calculèrent toutes les conséquences. Au milieu de cette situation angoissante et qui paraissait sans issue, il fallut des hommes adroits, énergiques et aimant leur pays, pour entreprendre une tâche qui, pour beaucoup, paraissait au-dessus des forces humaines.

Le Centre vit se lever, sous la direction habile de M. Guyaux, une pléiade d'hommes de bien qui entreprirent de ravitailler, avec des moyens de fortune, une population aussi dense que celle-ci. M. Mabille comprit toute la portée de l'oeuvre et se donna corps et âme pour aider de son expérience, ce groupe d'hommes de bonne volonté qui négligèrent leurs intérêts, leur santé et leur famille, pour venir en aide aux habitants malheureux. 

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En-tête de lettre des Magasins Communaux du Centre en 1910.

Après quelques semaines d'une angoissante incertitude, l'Amérique, notre bienfaitrice, se mit à l'oeuvre et les services du C.R.B. s'organisèrent. La population était sauvée. 

En 1916, lorsque l'occupant eût constitué des "Centrales", lesquelles groupaient les vivres, il fallut adjoindre aux organismes existants, un autre organe de répartition qui prit le nom de "Magasins Communaux". Cette oeuvre devint bientôt l'un des principaux éléments de l'activité commerciale de Belgique. M. Guyaux et ses collaborateurs ne négligèrent rien pour assurer à celui du Centre une activité importante.

C'est alors qu'on fit appel au concours d'un homme d'action d'une valeur incontestable, de celui qui pouvait, par son levier puissant, donner à l'oeuvre nouvelle, l'essor indispensable. Nous avons nommé M. Charles Bernier, directeur-gérant des Charbonnages de Maurage. Inutile de dire que, sous l'impulsion nouvelle, les Magasins Communaux prirent une importance considérable. Les vivres indigènes, pour l'hiver 1918 et 1919, étaient emmagasinés et on pouvait, dans notre contrée, espérer, sous le rapport de l'alimentation, passer des mois beaucoup moins durs que ceux de 1916 et de 1917. 

Heureusement, très heureusement, l'armistice survint, mais avec lui, la débâcle des Magasins Communaux devint également un fait accompli. Ces belles oeuvres disparurent en très peu de temps et la liquidation onéreuse commença. Et c'est ici que se place un fait historique qu'il est bon, nous semble-t-il, de signaler à l'attention publique. 

Après de nombreuses palabres et des difficultés sans nombre, qu'il est malaisé de relater ici, les administrateurs-liquidateurs peuvent présenter le bilan de la liquidation. Le 23 décembre 1922, à 2 heures, le Conseil d'Administration se trouvait réuni sous la présidence de M. Bernier. 

M. Delattre donne lecture du dernier rapport et du bilan; il fait l'historique rapide de l'oeuvre, rend hommage à la mémoire des disparus et se plaît à rappeler les qualités et les vertus de MM. Guyaux et Mabille; il félicite et remercie M. Bernier de son dévouement et de l'activité inlassable dont il a fait preuve pendant les années terribles. 

M. Léon Debelle, au nom du groupe socialiste, en une belle improvisation, franche et réellement impressionnante, retrace les raisons de sa collaboration. Ennemi de la guerre, ami de la paix, il espère que des événements aussi terribles ne se présenteront plus; mais si le pays était à nouveau envahi, il ferait encore son devoir. 

M. Jules Dambot, qui a connu les grosses difficultés du début, remercie ceux qui ont compris leur devoir et qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes à une oeuvre ingrate entre toute. 

M. Adolphe Pary, au nom du groupe libéral, s'associe aux paroles qu'on vient d'échanger; j'espère qu'aux heures du danger, dit-il, nous nous retrouverions unis pour faire face à l'ennemi commun. 

M. Kayart, au nom du personnel, remercie d'une façon toute spéciale, MM. Bernier et Dambot, de l'esprit d'hommes d'affaires qu'ils ont apporté au sein de l'oeuvre, s'efforçant de rompre avec la routine administrative, au grand profit du développement industriel de l'affaire; il remercie tous les administrateurs d'avoir pu gérer leur organisme en s'inspirant d'une démocratie large et généreuse. 

M. Bernier tire les conclusions de la journée; nous assistons, dit-il, à une séance mémorable, à une séance historique. C'est la disparition définitive du dernier souvenir des heures pénibles que nous avons vécues. Tous, vous avez fait votre devoir, mais je dois souligner la conduite de M. Delattre, qui fut la cheville ouvrière de notre organisme. C'est lui qui, pour aider nos chers disparus, MM. Guyaux et Mabille, consentit des sacrifices réellement douloureux pour sa santé. Depuis l'armistice, il n'a cessé de travailler au couronnement de son oeuvre et il est assez heureux pour soumettre aujourd'hui à notre signature, un rapport de liquidation et le dernier bilan. 

Je me fais l'interprète du Conseil d'Administration et de toute la population, pour remercier M. Delattre et lui assurer que nous garderons toujours le meilleur souvenir de nos rapports cordiaux pendant les longues et douloureuses années de la guerre. Je le répète, nous vivons un moment historique et que chacun de nous sorte d'ici avec la satisfaction du devoir accompli.

La réunion prit fin au milieu de la plus cordiale animation. 

20:30 Écrit par La Petite Louve dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magasins |  Facebook |

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